[CRITIQUE] Le Banni

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ÉtrangeFestival 2012 – Catégorie « Carte blanche Kenneth Anger »

Lorsque l’on s’appelle Howard Hughes et que l’on est milliardaire, on cède facilement à tous ses caprices. Sa personnalité totalement atypique attirera d’ailleurs l’œil de Martin Scorsese, qui lui consacrera un biopic avec Aviator en 2004. Déjà producteur de nombreux films dès la fin des années 1920, l’homme à l’époque le plus riche des Etats-Unis n’est passé que seulement deux fois derrière la caméra en tant que réalisateur, mais en attirant à chaque fois de grandes controverses. La première intervient avec Hell’s Angels, film qui s’inscrit dans sa logique de passionné d’aviation, et qui, s’il était impressionnant dans les moyens déboursés et ses scènes de haut voltige, faisait tâche suite au décès de plusieurs aviateurs lors du tournage.
En 1940, Hughes s’attelle à un western mettant en scène le déjà fameux Billy the Kid et ses aventures avec Pat Garrett et Doc Holiday, deux personnages typiques du genre. Mais foncièrement, l’histoire en elle-même intéresse moins le réalisateur que l’actrice qu’il allait choisir de porter à l’écran, car c’est lui qui fit découvrir Jane Russell. Sa réputation d’homme à femmes se confirmait d’autant plus ici que toute la publicité faite pour le film tournait autour de la poitrine, il est vrai proéminente, de l’actrice alors encore toute jeune. Provocation ou alors pure passion de cet homme excentrique pour les femmes (il a conquis le cœur de dizaines et dizaines de stars à la renommée aujourd’hui internationale), cela a valu au film d’être interdit de diffusion pendant 2 ans, ne pouvant être montré qu’à partir de 1943.
Et s’il est vrai que la caméra s’attarde énormément sur les atouts de l’actrice, le film est un sympathique divertissement, même sans être très intelligent.

Le Banni ayant donc été vendu comme une sorte de fantasme tabou pour l’époque, on est en droit de s’attendre à une histoire sulfureuse, portée par des personnages aux personnalités fortes, à la limite de la perversion. Mais il n’en est rien, bien au contraire. Si Billy the Kid est admis dès le début avec sa réputation déjà forgée, le personnage n’est pas inquiétant une seconde. Et finalement, on doute que ce soit là le but recherché par Hughes. Restreint dans sa galerie de personnages, il satisfait son caprice derrière la caméra, comme si tout cela n’était qu’un jeu. En sort alors un film au ton très léger, voir même enjoué, jouant au jeu du chat et de la souris entre les différents protagonistes. A partir d’une stupide histoire de vol du cheval de Doc par Billy, l’histoire se construit sur la confiance puis la méfiance dans une amitié de longue date entre le héros volé et Pat Garrett. Tout le long du film, les relations vont évoluer, s’inverser et revenir au point de départ sans aucune raison crédible, mais toujours avec ce côté malin, presque irrésistible.
Cependant, le réalisateur fantasque ne pouvait se contenter d’un trio masculin pour jouer avec, son égo et son amour pour la gente féminine lui ordonnent de tendre les bras à Jane Russell. Véritable atout s’il en est pour promouvoir le film, son traitement dans le récit du Banni est tristement pathétique, et ferait crier de rage les féministes d’aujourd’hui. Introduite  brutalement comme l’ennemie jurée du Kid pour des raisons qui semblent se tenir, un concours de circonstances va brusquement la faire changer de bord du jour au lendemain. Mais pourtant, si Hughes semble être en adoration devant la beauté de la jeune femme, il lui attribue ici un rôle dégradant. A la limite de son traitement en tant que femme objet, elle sera tout le temps reléguée au second plan, lui faire faire la vaisselle et autres tâches ménagères semble lui être plus utile que de prendre part aux aventures masculines. Pourtant, on ne peut pas en vouloir au réalisateur, sa fascination est touchante, et même si toutes les apparitions de Jane Russell s’attardent sur son décolleté plus qu’osé pour l’époque, ces erreurs filent sur le compte de la maladresse. Preuve en est de ce qu’il choisit de faire de ce personnage à la fin, redorant un tant soit peu son blason.

S’embourbant dans des longueurs inutiles, Le Banni parvient tout de même à capter notre attention grâce à ses retournements de situations qui amusent et renouvellent la répartition des rôles, même si les variations de tempérament des personnages sont parfois risibles et improbables.
Et c’est ainsi tout le long du film, l’histoire des cow-boys n’est donc pas une aventure entre gros durs du Far-West, mais tend plus vers une romance. En effet, Hughes ne lésine pas sur les sous-entendus sexuels entre ce trio d’hommes, regards en coin et autres allusions homosexuelles prêtant à rire. D’ailleurs, la Jane ne semble pas éveiller leurs instincts plus que ça, elle se contente d’apparaître et de disparaître au bon gré d’Howard Hughes. Et c’est surement pour cela que les trois cow-boys se battent plus pour savoir à qui revient un cheval que la jeune femme.
Jack Buetel, jouant Le Kid, se prête bien à ces scènes, son visage presque juvénile le disposant plus à apparaître dans des comédies que dans ce genre de films. Les visages plus marqués d’Hutson (le Doc) et Mitchell (Pat Garrett) tranchent d’autant plus avec ce dernier, et même si aucun de ces acteurs ne semble avoir sa place ici, ils contribuent tous à faire du film un joyeux bordel somme toute rafraîchissant.

Le Banni est un caprice de milliardaire excentrique, souvent maladroit et très hasardeux dans son scénario, mais reste touchant dans sa naïveté. Howard Hughes s’amuse et réalise ici ses fantasmes, et si le film traîne en longueur, ce semblant de western demeure étonnamment très divertissant.
Titre Français : Le Banni
Titre Original : The Outlaw
Réalisation : Howard Hughes
Acteurs Principaux : Jack Buetel, Jane Russell, Thomas Mitchell
Durée du film : 01h43
Scénario : Jules Furthman, Ben Hecht, Howard Hawks
Musique : Victor Young
Photographie : Gregg Toland
Date de Sortie Française : 1 Janvier 2012 (en DVD)

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Rédacteur Ciné
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