Véritable enfant terrible du festival cannois 2012, Des Hommes sans Loi fut la surprise de l’événement. Sa présence seule, intrigante lorsque que l’on connait les critères drastiques de la sélection et son engouement naissant au sein du public l’on propulsé non sans inconvénients sur le devant de la scène dès son annonce. Réalisé par l’australien John Hillcoat, a qui l’on doit entre autres La Route, récit apocalyptique mal-aimé, et scénarisé par nul autre que son confrère Nick Cave avec lequel il forme un duo depuis déjà une petite suite de film, il part donc avec le maximum d’atouts possibles. Des Hommes sans Loi est le second western du réalisateur après The Proposition, quand on sait que ce denier a su trouver son public; en plus d’avoir simplement fait parler de lui, y a-t-il encore a douter de ce second film ? Mais, entre celui-ci et ce nouvel essai sont passés les frères Coen, insufflant au genre plus qu’une simple lueur avec True Grit. Le duo australien ne peut donc se contenter simplement d’appliquer la même recette, il leur faudra faire plus, tout en ne tombant pas dans la facilité du déjà-vu, surtout qu’on l’on est en position de faire le rapprochement entre Nick Cave et le chef-d’œuvre qu’est L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Le choix de l’époque, celle de la Prohibition, parait donc approprié. Mais visiblement, la tache ne fut pas de tout repos, car c’est droit dedans que Des Hommes sans Loi se dirige, un récit simple et des personnages semblant évoluer dans différents univers en même temps; sont ce qui finalement en découle.
Le travail effectué pour s’approcher au plus près des règles du genre, de l’ancrer au plus profond du classicisme dont seul le western sait faire preuve, est indéniable. John Hillcoat procède à une véritable iconographie d’une époque, reconstituant fidèlement ce qu’est le western, trop même. Allant jusqu’à passer par Tom Hardy pour nous le rappeler de nouveau « ce n’est pas une histoire d’argent » : la vengeance est l’épée de Damoclès présente au dessus du fil narratif, allant même jusqu’à s’additionner continuellement, empiriquement, offrant un certain aspect irréel au récit pourtant illustré de la manière la plus violente et réaliste de notre monde. Mais malgré toute cette finesse d’écriture, que certains passages improbables pourront passer sur le compte d’un roman, écrit par le petit fils Matt Bondurant, adaptant les faits par manque de ressource, le travail des personnages lui, s’avère bien inhabituel et pour le moins déroutant. Le plus flagrant étant Tom Hardy, souffrant involontairement du tournage de The Dark Knight Rises que le bonhomme était déjà en cours de préparation, forçant ainsi le changement du personnage de Forrest Bondurant en cours de route. C’est sans doute pour cela que l’on trouve en lui un déphasage impressionnant par rapport aux autres personnages, et se trouve alors difficile à appréhender. C’est seulement en le replaçant dans son contexte qu’il peut s’expliquer un tant soit peu, simple, fort dans ses convictions, ayant le petit quelque chose d’un animal de foire, portant toutes ses étiquettes tel une profession de foi, c’est avec ce recul que l’on comprend la puissance du personnage bâti derrière par Nick Cave et John Hillcoat. A ses côtés, c’est à Shia LaBoeuf qu’il est permis d’avoir un rôle complet, en évolution constante, par ailleurs méconnaissable, non pas physiquement mais qualitativement, il devient alors clairement le personnage principal et le plus profond au détriment des autres.
Jessica Chastain semble être la première à souffrir de ces priorités, alors que son rôle à jouer est indéniable au sein du film, de la vie même de Forrest Bondurant, c’est face à un cliché type du personnage féminin de western, et du cinéma en général qu’elle se retrouve mise à pied. Son seul rôle est de devenir la quelconque compagne d’un homme qui fut un peu plus qu’un simple brigand. C’est d’autant plus frustrant quand l’on voit la qualité apportée à la mise en scène de cette histoire, même si certains passages sont non sans rappeler ceux de Jesse James et le traitement du récit ayant un petit quelque chose de There Will be Blood de PT. Anderson, le film porte tout de même un ersatz d’une identité stylistique, c’est continuellement oppressé entre les personnage que l’on évolue au fil du récit, portant son dévolu à travers de nombreux gros plans introduisant une fluidité du récit impressionnante. La photo apporte aussi un contraste évident avec la violence portée à l’écran. Mais voilà, le film s’avère au final trop facile à comprendre, sans prise de risque aucune, le récit avançant à tâtons, ne prenant jamais vraiment de bifurcation imprévisible ou proposant une approche plus atypique du genre. Surtout en choisissant une telle époque, marquant la mise à pied du banditisme à petite échelle, une période sans loi, ne faisant pas bon vivre, où entre les malfrats et justiciers la distinction était encore plus floue, on était en droit de s’attendre à quelque chose de plus cru quand l’on voit le souci de réalisme donné à Des Hommes sans Loi.
1931. Au coeur de l’Amérique en pleine prohibition, dans le comté de Franklin en Virginie, état célèbre pour sa production d’alcool de contrebande, les trois frères Bondurant sont des trafiquants notoires : Jack, le plus jeune, ambitieux et impulsif, veut transformer la petite affaire familiale en trafic d’envergure. Il rêve de beaux costumes, d’armes, et espère impressionner la sublime Bertha… Howard, le cadet, est le bagarreur de la famille. Loyal, son bon sens se dissout régulièrement dans l’alcool qu’il ne sait pas refuser… Forrest, l’aîné, fait figure de chef et reste déterminé à protéger sa famille des nouvelles règles qu’impose un nouveau monde économique. Lorsque Maggie débarque fuyant Chicago, il la prend aussi sous sa protection. Seuls contre une police corrompue, une justice arbitraire et des gangsters rivaux, les trois frères écrivent leur légende : une lutte pour rester sur leur propre chemin, au cours de la première grande ruée vers l’or du crime.
| Un classique, c’est ce qu’aurait pu devenir Des Hommes sans Loi si le film avait été plus qu’un simple mise en scène de ce qui a et fera toujours le western au cinéma. Car malgré son manque de surprise, une réelle force se dégage de nombreuses scènes et de la diversité des quelques personnages approfondis au long du récit, cet état des lieux est tout aussi éprouvant à relever quand on se dit alors que tous les autres personnages auraient pu l’être aussi. |
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| Titre Français : Des Hommes sans Loi Titre Original : Lawless Réalisation : John Hillcoat Acteurs Principaux : Tom Hardy, Shia LaBoeuf, Guy Pearce Durée du film : 1h55min Scénario : Nick Cave Musique : Warren Ellis & Nick Cave Photographie : Benoît Delhomme Date de Sortie Française : 12 septembre 2012 |
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