Malgré ses cinq nominations au dernier festival de Cannes (concourant entre autres pour la Palme d’Or et le Grand Prix), Habemus Papam est pourtant reparti bredouille. Mais il doit en falloir plus à Nanni Moretti pour se décourager, ce dernier étant un habitué du festival depuis longtemps, que ce soit en tant qu’acteur ou réalisateur, et qui a même côtoyé le sommet en remportant la palme d’or en 2001 avec la Chambre du Fils. Ici dans son dernier film, il évoque l’histoire d’un cardinal (Michel Piccoli) élu pape malgré lui, et qui ne se sent pas capable d’assumer cette énorme responsabilité. Moretti avait fait la demande de tourner au sein même du Vatican, mais cela lui a été refusé, preuve que l’Eglise peut encore être réticente à une certaine ouverture d’esprit.
Dès le début du film, Nanni Moretti nous fait entrer dans l’intimité des cardinaux, prêts à s’isoler du monde extérieur le temps d’élir un nouveau pape. Ces premières scènes offrent un sentiment plaisant et timide à la fois, celui de découvrir un lieu et une situation qu’il ne nous saura jamais prêtée de voir, le conclave. Après maints tours et contre toute attente, les cardinaux supposés avoir le plus de chance sont relégués par Melville, campé par Michel Piccoli. C’est donc dans cette salle de vote du Vatican que le ton général du film est donné. En effet, à partir d’une situation censée être sérieuse et solennelle (du moins par ce que l’on peut en imaginer), Moretti va incruster des éléments comiques et adopter un ton ironique totalement maîtrisé. C’est ainsi que pendant ces fameux votes, les personnages, hommes de foi invétérés, se mettent à prier le Seigneur pour ne pas être élus, de peur de ne pas être à la hauteur.
Le pape Melville est interprété par un Piccoli saisissant de justesse, son mal-être est palpable dès l’annonce de son élection. Ainsi, toute la détresse de cet homme peut-être résumée à travers ce cri déchirant et sidérant qu’il pousse lorsque le moment vient de se présenter au monde entier. Il ne se montrera d’ailleurs pas sur ce fameux balcon, mais va demander qu’on l’aide.
Le film pourrait donc se contenter d’être un drame en milieu religieux, ou ce pape perdrait la foi. On aurait pu le suivre banalement dans sa recherche d’envie de revivre, de retrouver le courage. Mais non, Nanni Moretti préfère le jouer sur deux tableaux : même si ce n’est pas véritablement un mélange de genres à proprement parler, Habemus Papam se révèle finalement être une comédie dramatique qui profite des situations sérieuses pour sortir la carte de l’humour, qui bien souvent détendent l’atmosphère.
Une fois de plus, le réalisateur endosse une double casquette et se retrouve donc aussi devant la caméra, incarnant le psychanalyste qui va tenter de comprendre et résoudre le problème auquel ce pape est confronté. Il est intéressant de voir comment ce dernier, face à cette réalité qui le dépasse totalement, se retrouve finalement débordé et perd tous ses moyens, ne sachant plus que faire.
Pour lui, la seule évasion possible de ce lieu fermé ou la confidentialité est d’or est justement la fuite du Vatican. Ce rôle que l’on lui a conféré est une trop grande tâche, il se sent écrasé par ce poids immense et a besoin de liberté, de prendre son temps avant de s’élancer aux yeux du monde. C’est pourquoi il va parcourir les endroits, essayer de se sentir mieux en renouant avec une probable enfance qu’il a oublié mais qui lui tient à coeur, et ainsi chercher la force que ce rôle de Pape est censé lui conférer. Mais lors des passages en extérieur, on se rend compte qu’avant d’être une représentation symbolique d’un être transcendant, le pape Melville est surtout un homme, et lui même se déclare au cours du film comme un “acteur” lorsqu’on lui demande son métier.
La raison de son mal-être ne se révèle finalement pas une perte de foi, bien au contraire, mais plutôt une vocation manquée lorsqu’il était jeune et qui revient le hanter en ces jours. Il a avant tout peur de décevoir les innombrables fidèles, et c’est ce qui fait du personnage superbement interprété par Michel Piccoli un être vraiment mélancolique mais qui ne tombe pas dans le pathos lourd et facile.
Le personnage de Moretti, lui, est haut en couleurs, il arrive à apporter du burlesque et de la fraîcheur la ou la situation est censée être embarrassante, comme par exemple cette scène où il arrive à convaincre les cardinaux d’organiser un tournoi de volley-ball. Et c’est là l’autre grande force de ce film : il ne va pas s’intéresser concrètement à cette énorme institution qu’est l’Eglise, mais plutôt aux hommes derrière tout ça.
Bien sûr derrière tout cela se cache une critique subtile de la psychanalyse, et aussi de ce que représente le Vatican et de ses pratiques qu’il ne faudrait surtout pas chambouler si l’on en écoutait les résidents; mais tout cela est fait sans haine, tout en ironie.
| A partir d’un sujet à la base difficile et subtil, Nanni Moretti joue sur des situations censées être sérieuses et les tourne en dérision. Il donne ainsi une dimension comique à Habemus Papam, qui aurait facilement pu être un récit dramatique. Cela aboutit à des situations burlesques qu cassent l’image que l’on pouvait avoir des institutions religieuses de cette ampleur. |
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| Titre Français : Habemus Papam Titre Original : Habemus Papam Réalisation : Nanni Moretti Acteurs Principaux : Michel Piccoli, Nanni Moretti Durée du film : 01H42 Scénario : Federica Pontremoli, Francesco Piccolo, Nanni Morreti Musique : Franco Piersanti Photographie : Alessandro Pesci Date de Sortie Française : 7 septembre 2011 |
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