Pour son quatrième film, le réalisateur Kang Je-kyu affirme sa place imposante dans les grosses productions sud-coréennes. Avec Shiri en 1999, il parvint à se mettre en poche les critiques locales. Puis c’est en 2004 avec Frères de Sang qu’il connut son plus grand succès avec plus de 10 millions de spectateurs dans son pays.
8 ans plus tard, il s’attaque de nouveau à un récit historique, cette fois-ci la Seconde Guerre Mondiale, pour partir de l’histoire vraie d’un soldat coréen au parcours malheureusement hors du commun, et en tirer une touchante amitié avec d’autres hommes de différents horizons.
Far Away, avec ses 3 ans de préparation et de recherches historiques, est une énorme production, la plus importante de l’histoire du cinéma nord-coréen. Mais, faute probable de succès, il semble que la France ne soit pas encore prête à accepter la diffusion d’un film comme celui-ci en salles, ce qui ne le rend donc qu’accessible en vidéo.
D’une ambition colossale, voire presque excessive, le film est globalement une réussite même s’il n’est pas exempt de défauts.
Far Away retrace une belle histoire d’amitié entre deux hommes de différents horizons et aux origines parfois contradictoires. D’ami à ennemi, et vice-versa, la guerre change les mentalités sans même que les hommes s’en rendent compte. Elle leur fait perdre leurs repères et ils commettent parfois l’irréparable. Séparés malgré eux, échangés de camps en camps, ce qui était au début une rivalité presque logique, va se transformer en une recherche désespérée de l’autre dans un monde en guerre.
Dans sa première partie, le film commence en se targuant d’un parti-pris patriotique parfois gênant. La politique n’est pas mise à l’écart, et l’on ressent presque de la rancune de la part du réalisateur envers les japonais et un pan commun de leur histoire avec la Corée. Les terribles japonais, sans aucune pitié et n’hésitant pas à forcer les leurs au suicide, face aux bons coréens et leur guerre « juste », le message a du mal à passer et est assez limite et douteux.
Mais heureusement, très vite il ne fait des camps et des blocs que des regroupements d’hommes que la guerre a transformés et dont les actes ne sont plus justifiés comme s’ils étaient en temps de paix. Ils ne sont plus maîtres d’eux-mêmes
En traçant le parcours d’un coréen et d’un japonais que tout semble distancier, il mêle l’anecdotique à la grande Histoire, et passant d’ennemis à alliés, ces deux hommes sont les éléments déclencheurs de tous les artifices mélodramatiques possibles.
Les violons tire-larmes, les kamikazes vus tantôt en héros, tantôt en lâches en fonction du camp, les ralentis en gros plans, toutes les plus grosses ficelles imaginables y passent pour susciter l’émotion. Et le plus étonnant, c’est que le réalisateur parvient nous toucher, l’enjeu dramatique fait mouche sans paraître ridicule.
Une superproduction comme celle-ci, à la démesure presque hollywoodienne, ne se serait finalement peut-être pas prêtée à un récit tout en finesse, et la vision de cette guerre se trouve du coup assez proche de ce que l’on s’imagine.
La puissance imposante du récit l’emporte sur son manque de subtilité, et le parcours extraordinaire des personnages y est clairement pour quelque chose. Les changements soudains de camps, les positions de force qui s’échangent sans cesse, l‘évolution des mentalités sont autant de souffrances pour ces hommes qui sont contraints de vivre au jour le jour, et qui contribuent finalement à leur accorder de l’importance et un certain attachement.
L’abondance de moyens (un budget de 25 millions d’euros) se fait ressentir et ne semble pas avoir été déversée au hasard comme dans beaucoup de superproductions hollywoodiennes où le budget s’évapore on ne sait où. Le spectaculaire est de mise dans chaque plan. Les scènes de batailles sont clairement impressionnantes, la richesse et la profondeur des décors en font des terrains immersifs et surtout crédibles. Mais cette abondance d’effets visuels impressionnants trouve ses limites dans un montage assez catastrophique s’adonnant au surdécoupage tout le long du film.
L’une des réussites de Far Away réside dans sa réussite à capter les atrocités de la guerre. Les artifices cinématographiques ne sont pas de mise pour la rendre plus fluide, chaque scène est toujours filmée dans l’urgence. La précarité est ainsi le maître mot dans l’existence des soldats, la survie est un combat de chaque instant, que ce soit dans les combats où dans l’attente de nouveaux événements.
| Avec Far Away, Kang Je-Kyu touche du doigt la grande fresque épique. Si le mélodrame reste efficace malgré d’énormes ficelles, le montage surdécoupé pendant 2h20 allié à une shaky-cam survoltée détruisent quelque peu l’ambition démesurée du film. Restent surtout de grands moments héroïques, et de superbes portraits de personnages altérés par la guerre. |
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| Titre Français : Far Away : Les Soldats de L’Espoir Titre Original : Mai wei Réalisation : Je-kyu Kang Acteurs Principaux : Dong-gun Jang, Fan Bingbing, Jô Odagiri Durée du film : 02h17 Scénario : Byung In Kim Musique : Dong-jun Lee Photographie : Mo-Gae Lee Date de Sortie Française : 1er Août 2012 (directement en DVD) |
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